OBSERVATION : Intérêts et objectifs decrolyens

L’objectif, ici est de présenter la pédagogie de l’observation depuis le Petit Jardin d’Enfants (accueil) jusqu’à la 6ème, en insistant particulièrement sur la continuité qui a toujours été prioritaire dans l’école.

Référence constante y est faite, même si c’est souvent de manière implicite, à un corpus initié par O. Decroly, corpus en évolution permanente par une réflexion des enseignants à la lumière des recherches sur l’enfant et en tenant compte de l’évolution de la société

Le cadre : L’ENFANT EST UN TOUT , il faut donc veiller au développement de sa personne des points de vue : intellectuel, physique et affectif et social DU POINT DE VUE INTELLECTUEL

La chaîne OBSERVATION – EXPRESSION - ASSOCIATION

La première est l’observation, point de départ de toute activité parce qu’elle assure une prise de contact directe et motivante avec la réalité des choses et des êtres.

Vient ensuite l’association qui intègre les faits observés dans les acquis antérieurs et suscite de nouvelles investigations par des comparaisons et par la recherche des hypothèses d’explication.

L’expression intervient tout au long du processus de réflexion verbale, graphique et concrète, toujours personnalisée, progressivement affinée. 

OBSERVATION directement par l’intermédiaire des sens et de l’expérience immédiate

ASSOCIATION

  1. indirectement par le souvenir personnel
  2. indirectement par l’examen de documents divers ( livres, web, vidéo,…) relatifs à des documents actuels mais « non accessibles »
  3. indirectement par l’examen de documents divers relatifs à des phénomènes passés ou lointains

EXPRESSION

a. Expression concrète : dessin d’observation, maquette, modelage, …

b. Expression abstraite: récit, phrase, texte personnel,… 

Le développement intellectuel de l’enfant se fonde sur l’exploitation coordonnée de trois facultés.

Les trois facultés d’observation, d’association et d’expression s’exercent dans le cadre d’une réflexion collective basée sur une idée-pivot.

Ce centre d’intérêt est un événement occasionnel chez les petits (la surprise) ou, chez les plus grands, un thème en rapport avec les besoins fondamentaux de l’enfant ou de la société, ce qui permet une acquisition progressive des savoirs de base permettant à chaque enfant de se former comme personne et futur citoyen.

La démarche est le plus souvent interdisciplinaire : l’exploitation du thème choisi se développe dans tous ses aspects.

L’activité n’est pas cloisonnée en cours étiquetés. Petit à petit, l’enfant prend conscience des spécificités de chacune des disciplines et peut progressivement structurer les différents cahiers ( cahier de classe, puis observation, mesure, français, association - les cours d’histoire et de géographie en raison de l’importance qu’y prennent les démarches associatives.- …)

Globalisme et centres d’intérêt

Decroly s’est caractérisé par la recherche de méthodes susceptibles d’assurer l’interaction de tous les apprentissages autour d’idées-pivots (communément appelées centres d’intérêt) correspondant aux " besoins bio-psychiques de l’enfant »

Ces idées permettent au début de chaque année scolaire de construire des plans de travail qui intègrent toutes les compétences indispensables à l’acquisition des savoirs et des savoir-faire.

Cette activité programmatique des enfants, activité qui structure leur apprentissage, commence en 3ème primaire. Mais, dès le Petit Jardin d’Enfants, des " centres d’intérêt courts ", générés par la " surprise " sont à la base de l’activité quotidienne de la classe. Ils traduisent le globalisme qui caractérise le psychisme enfantin.

L’intérêt du petit enfant se ixe sur des objets matériels concrets, complexes, encore inanalysés.

LA SURPRISE

De 3 à 8 ans, la fonction d’observation s’exerce sur la surprise, apport personnel spontané de l’enfant aux investigations, manipulations, explorations du groupe-classe mais aussi lien entre la vie familiale et la vie scolaire.

Dans son environnement proche, l’enfant trouve, observe, s’intéresse à un objet, à des objets qui éveillent sa curiosité et font écho à ses affects ; bien souvent, il souhaite dialoguer à ce propos avec ses pairs.

L’interaction sociale favorise ainsi l’auto-construction des connaissances.

La " découverte " en classe de la surprise (généralement cachée dans un sac ou emballée) sollicite dans un premier temps toutes les démarches perceptives et sensorielles de chaque enfant (il palpe, il hume, il goûte, il soupèse, il pose des questions, …).

La fonction d’expression relaie cette observation directe au moment de la communication au groupe des informations recueillies, de la confrontation des représentations et des hypothèses, moment qui marque le passage de l’activité globale à l’analyse cognitive. La fonction d’association amène à l’évocation individuelle, plurielle, collective d’objets, de faits, de situations regroupées dans le même espace-temps (" ce qui, dans la classe, me fait penser à… " ou dans un espace-temps évoqué grâce à la mémoire (" c’est comme quand… ").

L’intérêt suscité par la découverte, par l’échange avec les autres – échange permettant l’enrichissement de la pensée individuelle comme de la pensée du groupe - déclenche bien souvent la construction d’un savoir où les enfants sont acteurs, l’élaboration d’expérimentations, de projets, d’activités cognitives variées et de réalisations diverses, en particulier d’expression concrète

A partir de 7-8 ans, l’éventail des activités finit par détrôner la " surprise " au bénéfice d’un projet plus fouillé et plus systématique. L’enfant s’ouvre sur le monde, il est capable de rassembler des éléments épars et il fait plus aisément des associations logiques. Il semble donc opportun de démarrer le travail par centre d’intérêt au sens classique du terme et d’éveiller à l’importance des synthèses. La transition s’opérera de manière souple, en fonction du groupe.

CENTRE D’INTERET ET PLAN DE TRAVAILL

Les centres d’intérêt, définis par O. Decroly, correspondent aux besoins naturels de l’enfant. Ils sont 4 et sont abordés à raison de un par an en primaire.

Ils répondent à un double but :

  1. Assurer la coordination des différents cours grâce à l’élaboration d’un plan de travail.
  2. Permettre l’élargissement des intérêts égocentriques du petit enfant à la prise de conscience des intérêts collectifs de tous les êtres vivants.

Le cycle complet comprend :

je me protège (contre les intempéries)
je travaille
je me défends
je me nourris


   

   

Ces activités étant fondamentales pour tout être vivant, leur étude permet d’aborder des sujets qui répondent à l’intérêt des enfants et garantit que les savoirs ainsi élaborés constitueront une base stable pour tout apprentissage ultérieur. Les sujets concernant la sexualité et la reproduction sont étudiés au moment où se manifeste un intérêt du groupe pour ces questions.

Au début de chaque année, le thème est l’objet de réflexion et de longs moments sont consacrés à l’élaboration d’un plan de travail : un brassage d’idées associées au thème reflète les différentes possibilités d’exploitation de celui-ci. Le rôle de l’enseignant est ici d’aider à structurer le plan et à veiller à ce que les thèmes qui seront abordés pendant l’année permettent une approche par l’observation. A lui seul est dévolue la tâche de veiller à ce que les sujets abordés offrent la possibilité d’assurer l’acquisition des notions et des techniques indispensables (les occasions d’aborder les différents items du programme ou des socles de compétences sont nombreuses et variés).

En cours d’année, ce plan évolue au fur et à mesure des apprentissages et de l’actualité ; d’autres idées s’ajoutent, d’autres questions surgissent chez les enfants, d’autres visites suscitent leur intérêt.

Observation

L’observation est la base de la pédagogie proposée par O. Decroly.

Cette faculté est systématiquement exercée dans toutes les activités.

  1. Le travail expérimental d’observation et de mesure expérimental amène une observation raisonnée des phénomènes scientifiques. L’environnement immédiat ou les objets de la vie courante à technologie simple sont souvent utilisés comme substrat de l’apprentissage.
  2. Grâce au travail sur le terrain, on peut engranger des observations et des mesures qui feront plus tard l’objet de recherches ou seront explicitées en fonction des questions que les enfants se posent, qui sont comparées avec des données antérieures ou trouvées ailleurs, classées en fonction de divers critères, confrontées avec d’autres sources, complétées par des recherches bibliographiques.

Enfin, l’observation est aussi l’attitude première qu’adoptera l’enseignant envers les enfants : ce n’est qu’en les observant sans cesse avec la plus grande attention qu’il peut au mieux opérer les meilleurs choix pour assurer un progrès optimal du groupe-classe et de chacun de ses membres